C’est l’histoire d’une trottinette rouge… Qui précède un vélo vert… Suivi d’une Ferrari violette. (En réalité, pour les besoins de l’illustrateur, il s’agit d’une Rolls. Mais, pour le suspens, il vaut mieux une Ferrari car ça doit rouler plus vite).

Vous visualisez ?

Cela se passe à l’entrée d’une ruelle si étroite, si sombre et si tortueuse, qu’il est impossible de dépasser, même une trottinette. Tout aussi impossible de faire demi-tour. Un véritable sens unique, à vie.

Vous visualisez toujours ?

la trotinetteD’abord, la trottinette rouge va son train-train de touriste flâneur. Elle s’installe, inspecte les lieux d’un regard tranquille, prend son temps. Flegmatique et sans obligations, elle finit même par s’assoupir de temps en temps.

Je précise que c’est une trottinette assez lourde et imposante. Obèse, en sorte. De plus, son propriétaire, grand amateur d’alimentation rapide, l’a particulièrement bien lubrifiée. Alors, ancrée dans son bien-être personnel, elle ne ressent pas beaucoup le besoin de faire de l’exercice physique.

Derrière elle, le vélo vert commence à pédaler d’impatience. Plus rapide, plus léger, plus modestement lubrifié, il ne s’incruste pas où il se trouve. Au contraire, plein d’énergie, il aimerait bien doubler la trottinette, évidemment. Et vaquer à ses affaires, bien plus pressantes que celles de cette empotée de trottinette. Mais la demoiselle n’en a cure. Il attendra.

Quant à la Ferrari violette, toute excitée, elle ne cesse de klaxonner nerveusement, polluant à qui mieux-mieux de ses vapeurs d’essence et pétaradant de toute sa colère. Vexée de ne pas recevoir les honneurs dus à son rang, elle se demande même, rageuse, si elle ne va pas porter plainte ! Lui faire ça, à elle ! Une trottinette, en plus ! Quelle humiliation ! Surtout qu’elle, elle est dans l’urgence car, tout le monde le sait : une Ferrari, ça n’attend pas !

Ben si !

Elle est rigolote mon histoire ? Non ?

Mais je suis sûre que vous n’y croyez pas.

Pourtant, ce que je viens de vous décrire de façon imagée, c’est exactement ce qui se passe dans notre système digestif, quand les aliments n’arrivent pas dans l’ordre où ils pourraient être traités par le métabolisme avec le maximum de bénéfice, pour notre bien-être général.

Ainsi, la trottinette, c’est la friture. D’abord l’huile : le plus souvent un mélange d’huiles ordinaires, mal associées, traitées, raffinées chimiquement, maintes fois réchauffées et plus très fraîches, voire rances, plus ou moins saturées, trop cuites.

Composée de lipides à 100 %, donc hypercalorique, épaisse et bien grasse, l’huile surcharge abondamment les aliments qu’elle imbibe. En plus, souvent trop salée ou trop sucrée, la friture stagne dans l’estomac qu’elle monopolise sans complexes et souvent en trop grande quantité.

Vous avez dit : omégas 3, 6 et 9 dans l’huile ? Nécessaires, entre autre, à la bonne santé du système cardiovasculaire, et censés éliminer le cholestérol ? Certes ! Mais à la température de cuisson, 150 à 180 ° C pour les pommes de terre, par exemple, qu’en reste-t-il ?

Un fruit oléagineux comme un avocat, par exemple, ou même une simple pomme feraient bien mieux l’affaire. Mais le sujet n’est pas là.

Quant à la vitamine E, anti oxydant si précieux, protectrice de nos membranes cellulaires, souvent éliminée en partie lors du raffinage et rajoutée par la suite, est-elle restée la même ?

Ah ! Où sont les huiles parfumées, crues, biologiques, ces trésors de bienfaits inestimables, pressées à froid par nos grand’mères ? Et les noisettes ? Et les amandes ? Notre vitamine E s’y sent plus à l’aise pour nous donner tous ses bienfaits.

Et que dire des aliments qu’on plonge dans le bain d’huile frémissante ? Et qui y séjournent un bon moment, à tel point qu’il faut les poser sur du papier absorbant quand ils en ressortent ? Même très sains à l’origine, quelles transformations chimiques subissent-ils lorsqu’ils sont saisis aussi brutalement ?

Bref, vous l’avez compris, la friture n’est pas faite pour les adeptes de la légèreté. Dans l’estomac, elle devient un bourbier poisseux que notre pauvre système digestif mettra parfois plus de sept heures à éliminer.

Le vélo, VTT ou bicyclette Hollandaise, ce sont les protéines, grasses ou maigres, d’origine animale : viande, fromage, œufs, produits laitiers généralement, ou végétales : légumineuses associées aux céréales, riz et soja, pain et lentilles, pâtes et petits pois.

Indispensables à la construction et la réparation de notre organisme, ces petites briques d’azote et d’acides aminés sont composées de chaînes de protides bien soudées entre elles, comme des millions de minuscules serpentins, amoureusement imbriqués les uns dans les autres. Ces délicieux petits personnages demandent aussi du temps pour être digérés. On ne sépare pas si facilement ce que Dieu a uni ! Et c’est à l’acide chlorhydrique que l’estomac s’attaque à eux.

Dans l’appareil digestif, leur transit prendra en moyenne quatre heures, ce qui est moins long que pour la friture. Donc, coincées de la sorte derrière une masse aussi amorphe que visqueuse, que vont devenir nos charmantes protéines ? Elles vont s’avarier en libérant toute sorte d’éléments indésirables que l’estomac, encrassé par la friture, n’aura pas le temps d’évacuer assez rapidement.

légume en skateQuant à la Ferrari, c’est le légume ou le fruit. Le végétal. D’une grande légèreté, peu complexe, bourré d’eau, de fibres, de vitamines hydrosolubles, de cristaux de sels minéraux, il ne demande que très peu de travail au système digestif qui, le plus souvent, l’assimile en moins d’une heure. Et que d’apports bénéfiques à l’organisme ! Véritables amis de notre santé, armes préventives contre nombre de maladies, les végétaux nous apportent notre dose quotidienne de fibres qui, justement, améliorent le transit et nettoient le corps de l’intérieur, grâce, entre autre, à la quantité d’eau qu’ils contiennent.

Et, comme plus un aliment contient d’eau naturellement, plus il se digère vite, le végétal, lui, ne fait que passer.

Malheureusement, dans notre histoire, il est pris en otage derrière une friture bien grasse et une protéine souvent chargée d’éléments pas très recommandables, du moins, à cet endroit.

Consommés dans cet ordre, tous ces aliments se déposent en couches successives dans l’estomac. Il démarre alors son travail de brassage physique et de transformation chimique. C’est le bal des contractions musculaires et de la production de sucs digestifs et enzymes qui, tous ensemble, fractionnent vigoureusement la nourriture avalée en parcelles de plus en plus fines. Suffisamment fines, en tout cas, pour pouvoir passer le test d’entrée dans le duodénum qui, lui, se montre très exigeant.

La taille d’un demi millimètre atteinte, ces parcelles forment une bouillie, le chyme, qui sera déversé petit à petit dans le duodénum pour la suite des opérations.

Mais dans leur ordre d’arrivée car, dans l’estomac, les aliments ne se mélangent pas entre eux. Chaque couche garde sa spécificité. Et ne cède pas la priorité à une autre plus rapidement assimilable. C’est et ça reste chacun son tour, ce qui complique encore plus le travail de l’estomac.

Imaginons ainsi un gros broyeur où, contrairement à la logique, nous avons entassé des souches puis des branches puis des brindilles. Les souches passeront très difficilement, forcément. Elles freineront le broyage et branches et brindilles devront attendre avant d’être réduites en copeaux à leur tour. De plus, espérons que quelques souches trop lourdes n’auront pas enrayé le mécanisme en forçant, obligeant à en inverser le sens pour tout ressortir.

Le système digestif, c’est la même chose.

Donc, si notre malheureux végétal ultra rapide est bloqué, lui aussi, dans l’estomac par les protéines et les graisses trop importantes, que se passe-t-il ?

Il reste prisonnier dans un endroit inadapté pour lui. Il va alors macérer et provoquer « quelques petits désagréments bruyants et malodorants » fort ennuyeux pour la bienséance collective, si vous voyez ce que je veux dire…

Le terme technique est « flatulences ».

Pourquoi ?

avocatParce qu’il commence à pourrir avant sa digestion complète, ce qui acidifie le bol alimentaire (nourritures avalées). Retenu plusieurs heures dans un estomac où il ne devrait pas stationner, attaqué trop longtemps par les sucs digestifs, un végétal principalement digéré dans l’intestin grêle va se putréfier et même s’alcooliser en dégageant des gaz. Car les éléments non digestibles, comme certaines fibres, qui ne seront rejetés qu’en fin de parcours sont bien obligés d’attendre, eux aussi, leur tour, pour être évacués de l’estomac et passer dans le duodénum.

Quant au vélo coincé par la trottinette, imaginez la lente décomposition de ses protéines animales et la production d’acides putrides qui en résulte ! Si, en plus, la viande a été bourrée de produits chimiques, ils vont s’en donner à cœur joie.

Alors, notre vélo a beau pédaler comme un malade, il pédale dans le vide ! Il va commencer à être dégradé par les sucs gastriques. Et, comme il ne peut pas avancer, avant d’être évacué, il va libérer un maximum de toxines dans l’estomac, provoquant une atmosphère digestive qui frise la morbidité.

Et notre trottinette ? S’inquiète-t-elle de la situation de ceux qui la suivent ? Que nenni ! Elle s’est voluptueusement installée dans l’estomac, juste à la limite du duodénum qu’elle n’est pas prête à emprunter. Au contraire, elle s’étale dans l’espace et le temps, pesant de tout son poids sur l’organisme qui s’épuise dans son laborieux travail de mise en pièces.

Donc, arrivée en tête, la friture squatte le système digestif jusqu’à sept heures d’affilée. Elle ne se laissera pas bousculer. Les suivants n’ont qu’à patienter…

Et ce pauvre foie se désespère à l’idée qu’il devra éliminer tous ces poisons !

Cette petite aventure explique l’origine de la plupart de nos problèmes digestifs : indigestions, lourdeurs d’estomac, intoxications et prise de poids, acidité, renvois, constipation, manque d’énergie et autres petits bobos assez désagréables.

En effet, il suffirait simplement d’inverser l’ordre de consommation des aliments durant les repas et de modifier leur association pour que tout s’arrange et que cette ruelle étroite ne subisse plus de tels embouteillages.

Au cours du même repas, il vaudrait donc mieux commencer par manger les aliments que se digèrent le plus vite parce qu’ils contiennent beaucoup d’eau, principalement les fruits et légumes ; puis les plats de protéines, plus dures et plus complexes et enfin les fritures, poids lourds de l’alimentation.

Ainsi, chacun libère la place pour le suivant et le transit se fait dans une plus grande harmonie. Le système digestif se fatigue moins, l’assimilation s’améliore et tout le métabolisme s’en réjouit.

Quoi de plus logique ? Quand nous travaillons, ne commençons-nous pas, spontanément, par nous adonner aux besognes les plus rapides, pour nous libérer un maximum, afin d’accomplir l’esprit plus léger les travaux les plus longs ?

Pour le système digestif, c’est la même chose.

De plus, si nous respectons cet ordre, il est à parier que nous n’éprouverons même plus, ou beaucoup moins, le besoin de fritures… Qui ne sont vraiment pas un cadeau pour l’organisme.

Parce qu’entre une trottinette, un vélo et une Ferrari… Question vitesse de passage…

Certes, je ne préconise pas d’éliminer les fritures de l’alimentation. Je suis une adepte du principe « manger de tout, mais moins et autrement.». Alors, un délicieux beignet aux pommes de temps en temps… De plus, l’organisme doit garder la capacité de résister aux fonctions les plus ingrates. Trop le chouchouter finira par l’affaiblir. Donc, pas question de renoncer définitivement à notre traditionnel steak frites. Mais qu’il ne devienne pas notre menu quotidien.

Car le système digestif, lui, sent bien la différence. C’est un lieu de transit. Pas de villégiature. Et lui aussi apprécie bien de pouvoir se reposer de temps en temps. Il n’en fonctionnera que mieux.

Alors ménageons-le, ce n’est pas très compliqué !

Cette simple règle d’hygiène alimentaire agit déjà beaucoup sur le métabolisme, la bonne assimilation des éléments nutritifs par l’organisme et, évidemment, le poids. Car si les aliments ne restent pas bloqués dans l’estomac, ils terminent leur digestion sans problèmes, dans l’endroit qui leur convient le mieux. Ils libèrent ainsi tous leurs bienfaits dans l’intestin grêle, l’endroit idéal, sans intoxiquer le système par une trop lente progression qui risque de les transformer en poisons.

Quel plaisir pour le corps !

Un petit privilège, preuve toute simple d’amour et de respect pour notre système digestif – eh oui, lui aussi ! – d’autant plus que nous n’en avons qu’un et qu’il doit nous durer toute la vie.

Cela ne vaut-il pas la peine ?

Alors, je vous souhaite un bon équilibre alimentaire, un bon transit digestif, une bonne santé et un bon appétit.

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