Les dix jours de Smyrne

Contrairement à ce qu’on pourrait croire en lisant la Bible (du moins, sa traduction française) et en l’interprétant au premier degré, l’Apocalypse de St Jean n’a rien à voir avec une probable fin du monde, annoncée régulièrement mais jamais accomplie.

Et encore moins avec un Jugement Dernier qui, lui non plus, n’arrivera jamais. Car ce « jugement dernier » est, en réalité, celui qui nous porterons, nous et nous seul, sur nous-même, en voyant défiler notre vie passée, lorsque après le portail de la mort, nous franchirons chaque Thélonie, ces douanes célestes où seront évalués le positif et le négatif de nos actions passées, pour rendre compte de nos actes.

Donc, une fois de plus, rien à craindre d’un Dieu vengeur. Le seul juge à ce moment-là et, probablement, le pire, ce sera nous.

Non, rien de tout cela dans l’Apocalypse de St Jean interprétée dans son sens ésotérique le plus initiatique, donc totalement hermétique à la « foi du charbonnier », forcément. Cela écrit, évidemment, sans jugement de valeur. Il ne s’agit que de niveaux différents d’intellectualisation du texte sacré.

Ainsi, alors que la Genèse, premier livre de la Bible, est le récit de la création du monde, interprétée au deuxième degré, l’Apocalypse de St Jean, qui, elle, clôture le livre saint, est une synthèse de la démarche initiatique de l’enseignement de la Bible : la re création de l’homme, c'est-à-dire sa connexion à sa partie divine si bien cachée. Elle nous donne les clés pour accueillir Dieu en nous et ainsi, vivre une relation privilégiée d’Amour oblatif avec Lui.

On est donc loin de la fin des temps !

Mais, interpréter ce texte demande un gros travail d’intériorisation afin de le ressentir. D’autant plus que sa traduction et son interprétation initiatique n’ont, elles non plus, rien à voir avec son interprétation traditionnelle.

J’en reviens donc au Notarikon, cette méthode qui consiste à trouver dans un terme hébraïque toutes les interprétations qu’il peut donner, si l’on veut bien faire ce travail d’approfondissement et non pas en rester à « ce qu’on a appris au catéchisme ou à la messe ».

Ainsi, dans l’Apocalypse de St Jean, le message aux 7 Eglises révèle « différentes ascèses préparatoires » comme les appelle Rafaël Payeur, c'est-à-dire des méthodes de travail et de discipline personnels pour commencer à recevoir l’Energie Divine en nous. Car c’est en nous transformant, nous, que nous transformerons le monde.

Notarikon : tout est là. Que peut cacher un mot hébreu derrière sa traduction standardisée, pour les petits curieux qui ont le mauvais esprit de vouloir voir plus loin que ce qu’on veut bien leur montrer ?

Notarikon. Oui tout est là. Et je ne cesse de m’émerveiller à chaque découverte lorsqu’un mot traduit de cette façon peut donner tant d’interprétations différentes, chacune complétant la précédente.

Prenons un exemple concret : celui de la lettre de St Jean à l’Eglise de Smyrne.

« Ne crains pas ce que tu vas souffrir. Voici, le diable jettera quelques uns de vous en prison, afin que vous soyez éprouvés et vous aurez une tribulation de dix jours. » écrit St Jean, chap 2, verset 10.

Le diable ! Certains voient immédiatement cet être rouge et cornu, armé d’une fourche et faisant joyeusement rôtir dans ses chaudrons infernaux tous les pécheurs du monde pour les punir. Ce qui fera beaucoup, mais vraiment beaucoup de chaudrons !

Ou, moins infantilisé, les souffrances physiques et morales infligées sur Terre à notre malheureux corps d’humain.

Qu’en est-il en réalité ? Bien plus simplement, le diable symbolise toutes les tentations du monde matériel qui finissent par nous diviser (sommes-nous encore capables de choisir un shampoing dans un rayon de supermarché ou une chaine à la télé ?). Et, ainsi divisé, hésitant devant la prolifération exponentielle des biens de consommation, nous nous dispersons et perdons « notre centre », donc notre essence divine et petit à petit, notre relation à l’autre, donc au Tout Autre. Car « diable » vient du latin « diabolus » qui signifie diviser.

Arrêtons-nous maintenant à la « tribulation de dix jours », qui pourrait nous rassurer car, dix jours, ici, ce n’est pas long.

Sauf qu’en langage biblique, en plus d’être un nombre mathématique, le 10 est l’état qui signifie, entre autre, « tout le temps ». Le 10 est « la totalité ».

Le texte de St Jean signifierait donc que non pas « durant dix jours » mais « durant la totalité » de notre vie, nous serons tentés sur le plan matériel qui nous détournera de notre centre divin et ainsi nous fera perdre notre unicité, notre identité, notre capacité de jugement. Donc c’est « toute notre vie » qu’il faudra lutter car le diable se présentera continuellement à nous.

En est-il autrement ?

Le 10 correspond aussi à la lettre hébraïque Yod, initiale du nom IEVE, le nom de Dieu. Ce qui paraît aussi très symbolique mais je n’en dirai pas plus sur le Yod dans cet article.

J’ajouterai que, comme dans tout texte biblique, après nous avoir mis en garde contre ce diable qui jettera en prison certains d’entre nous, ceux qui auront choisi le plan matériel, qui ne comblera jamais leur vide intérieur, plutôt que s’ouvrir à la Lumière Divine qui, elle, pourrait les combler, St Jean précise comment nous pouvons échapper à cela pour découvrir en nous l’autre puis le Tout Autre.

Car après l’évocation des problèmes, la Bible donne toujours les solutions. Mais de façon ésotérique. A nous de les décrypter si nous souhaitons évoluer toujours plus dans cette voie. Ou d’en rester aux apparences, si elles suffisent à nous rendre heureux et lumineux.

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