Lettre à mon ego

Mon très cher ego.

 


1 tour fière

 

 Devrais-je dire : mon trop cher ego ?

Car je te trouve bien onéreux, bien pesant sur mes finances, toi qui te dresses fièrement, arrogant même, dans ton inutile suffisance, tes besoins matériels toujours plus exigeants, toujours plus ostentatoires.
Toi que je croise dans mon miroir si souvent. Ou que j’évite de croiser.
Tu me possèdes depuis ma naissance, encombrant frère siamois, impi-toyable faux double, qui t’accroches à moi comme une vermine.
Qui t’accroches à moi ?
Et si c’était plutôt le contraire ?
N’est-ce pas moi qui m’accroche à toi, tel un naufragé sur son radeau ?
Car tout bien réfléchi, toi, as-tu besoin de moi ?
Non ! Non et cent fois non.
Tu n’existes que parce que je le décide et il suffirait que je renonce à toi, simplement, pour que tu disparaisses définitivement, en laissant ta place…
A quoi au fait ?
Grave question !
Car, que serais-je sans toi, mon bel ego ?
Minus ? Rikiki ? Tordu, tout cassé ? Une ruine ? Infime poussière parmi les autres infimes poussières ?
Rien ? Tout petit rien ?

 

 

2 tour cassée penchéeMais, il paraitrait que nous sommes tous rien.
Alors, peut-être moins que rien ?
Est-ce si grave ?
Réfléchissons toi et moi, veux-tu ?

 Etre moins que rien sans toi, mon cher ego, ça veut dire quoi ?

Perdre ce besoin constant d’être la plus belle, la plus forte, la plus intel-ligent, la plus aimée ?
Renoncer aux apparences ? Abandonner cette devanture illuminée que je m’efforce d’entretenir toujours plus étincelante ?
Perdre mon rang de première sans être la meilleure dans une société qui se berce d’illusion et ne fonctionne que sur des valeurs faussées ?
Abandonner ce masque vainqueur et souriant, censé faire de mon image la plus reluisante ? Toujours plus et mieux ?
Pour obtenir quoi ?
La reconnaissance d’autres ego aussi gonflés que toi sous leurs beaux atours dissimulant la médiocrité.
Le vide ?
Un vide !
Un incommensurable vide…
Alors, cher ego qui ne sert qu’à remplir mon vide, je te prierai de retour-ner d’où tu viens.
Libère-moi des chimères, des mensonges trompeurs, des envies alié-nantes.
A bas l’ego, vive l’Ame !
Car ce grand trou que laissera ton départ, je choisirai de le remplir d’Ame.
L’Ame.
Toi pas connaître ?

 Mais si ! L’Ame. Ce truc bizarre qu’on ne voit pas mais qui nous embête chaque fois qu’un je ne sais quoi troublant monte en nous.

Ce truc qui pousse à transcender.
Transcender la vie ; transcender la souffrance ; transcender le besoin.
Et surtout, te transcender toi !
Peut-être, est-ce ta raison de tant détester l’Ame. As-tu pire rivale ?
Et je t’entends d’ici.
- D’abord, transcender, ça veut dire quoi ?
Pas grand-chose.
Sinon, dépasser, s’envoler, planer au-dessus de la décharge de pollu-tions mentales que tu génères en moi.
Transcender, ça veut dire surtout me libérer des dimensions physiques.
L’Ame promet la transcendance, la force qui t’apporte la paix, l’Amour surtout.
L’Ame te permet de prendre du recul. De décrocher des petitesses tel-lement humaines mais dérisoires.
L’Ame te dit :
« Attention.
Ne fonce pas tête baissée dans les conflits inutiles, ne menant qu’à vainqueurs ou vaincus. Leur apparente grandeur ou leur déchéance sournoise t’isoleront toujours plus de toi-même, de ton besoin d’amour et d’authenticité.
Car toute victoire sur l’autre n’est qu’illusoire. Il n’est de véritable victoire que sur toi-même.
Et à quoi bon être quelqu’un si tu n’es pas toi ?
Alors, choisis la paix. La tienne d’abord pour vivre en harmonie avec l’Univers, ici et maintenant, dépouillé de toute convoitise, fragile et nu mais confiant car ouvert aux au-delà immatériels, les véritables sources d’une joie durable.
Etre un avec ces énergies-là. Etre un avec l’impalpable. Etre un avec toi-même, surtout.
Renoncer à ton adultère personnel pour devenir JE SUIS. »
Ainsi me parle l’Ame.
Hélas, toi, mon pauvre ego, ne me tournant que vers mon JE, incomplet, mensonger, tu ne peux m’apporter cette fusion quasi divine où je peux affirmer en toute sincérité.
- JE SUIS dans la complétude. Rien ne me manque, je connais l’abondance.
Aussi, mon cher ego, je t’informe que je te quitte.
Disparais, je le veux.
Emporte avec toi les désirs matériels jamais comblées, les attentes sans fin, les guerres stériles et les pertes de temps qui tuent le corps en épuisant le cœur.
Je te renvoie à tes besoins primaires, tes espoirs irréels, tes parades ri-dicules.
Tes peurs, surtout.
Et la principale : celle de ne pas être à la hauteur.

 

3 chemin de lâme

 

A la hauteur de qui ?
A la hauteur de quoi ?
Je te laisse à cette passionnante question mon ego. Et tandis que tu te dilueras sans moi dans l’ego des autres, j’irai nager dans les eaux pures de la félicité. Libre. Avec mon âme.

P S : …Si je la trouve…
Tu te plais tant à me la cacher !
Et surtout, à me souffler insidieusement :
- Mais peut-on vivre sans ego ?
Oups ! Une fois de plus, tu as gagné. A moi de réfléchir !

Commentaires   
#2 agnes andersen 18-02-2019 12:55
oui Frédéric et je te remercie. Grâce à toi, nous avons fêté nos 11 ans de mariage (où tu fus un garçon d'honneur charmant !). Donc, tu vois que ta religion de laisser passer l'autre avant toi est un des meilleurs choix que tu fasses. Je t'en félicite, d'ailleurs, car tout le monde n'en est pas capable.
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#1 frédéric marcou 17-02-2019 17:33
Oui, on peut, déjà quand je t’ai rencontré, je faisais dilué le mien, c’est ainsi que j’ai mis votre désirs d’être en couple avant mes propres désirs et a fortiori, vous êtes toujours ensemble, pensez a l’autre avant soi-même est une « religion » chez moi.
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