Les Maîtres, faudrait pas croire !

 

 

Je trouve charmante la façon dont certains élèves imaginent leurs relations aux « Maîtres » et comme ils les idéalisent.

Pour eux, le Maître, c’est le bon père de famille, celui qui ne sait que sourire, comprendre, pardonner et surtout, être gentil et toujours présent, quoi qu’il arrive.

Entre le Père Noël et l’assistante sociale en somme !

Image idyllique et un brin nostalgique ! Le papa, le frère, le fiancé, le mari et l’amant que nous n’avons pas eus ! Et dont, souvent, nous aimerions bien nous emparer, juste pour nous, rien que pour nous.

Qu’ils soient masculins ou féminins, c’est souvent ce que rêvent secrètement les élèves face aux Maîtres.

En effet, pour l’élève, le Maître est toujours parfait.

Valorisant pour le Maître tout ça ?

Que nenni !

Pas si idyllique que ça la situation du Maître. Et quelquefois, s’il pouvait coller son auréole à quelqu’un d’autre, il le ferait avec grand plaisir !

En effet, qu’y a-t-il de gratifiant à enseigner la sagesse quand certains élèves sont si indisciplinés ?

Le Maître, c’est celui qui devrait montrer la voie. D’accord.

Cela signifie qu’il est censé avoir reçu l’enseignement avant l’élève et qu’il continuer à le recevoir. Ce qui ne se fait pas forcément dans la facilité et l’allégresse. Car, lui aussi est toujours l’élève d’un autre Maître. Et pour cette raison, l’enseignement qu’il reçoit, lui, sera bien plus sévère et éprouvant que celui qu’il donne. Car il est testé sans arrêt.

Il doit donc gérer tout ce qu’il fait : supporter les états d’âmes de ses élèves, cadrer leurs délires, déjouer les pièges de leurs transferts, veiller à récupérer les brebis égarées, courir le risque d’être dérangé nuit et jour pour trois fois rien, contrer les réactions de violence et d’agressivité.

Et, le pire, faire bien comprendre à l’élève que, ben non ! Il n’est pas le bon Dieu !

Et que ce n’est pas le Maître que l’élève doit aimer mais l’enseignement.

Autre fait important : non, le Maître ne va pas passer son temps à prendre la main de ses élèves, à les abreuver de mots gentils pour les faire évoluer en douceur, accepter la bouche en cœur leurs caprices et leurs hésitations.

Non.

Le Maître, c’est aussi celui qui, de temps en temps, sait flanquer une ratatouille et, en plus, se moquer de ses élèves quand ils sont KO.

Et ça arrive bien plus souvent qu’on ne pense. On a trop tendance à l’oublier.

Par contre, l’avantage qu’il a, c’est qu’il peut décider d’interrompre l’enseignement lorsqu’il se rend compte que l’élève n’est plus en capacité de le recevoir. Avantage bien léger d’ailleurs ! Car, aux yeux de l’élève, il devient alors le méchant, porteur de tous les maux et responsable de tous les malheurs. Le bouc émissaire.

Et en plus, il n’a même pas de salaire à la fin du mois pour se consoler un peu de toutes ces misères !

On est bien loin de l’image d’Epinal du Maître encensé et glorieux !

Dans ces conditions, qui veut encore être Maître ?

Croyez-moi, aux postes de candidatures de véritables Maîtres, ben ça ne se bouscule pas !

Et pour cause ! Etre Maître, c’est vraiment pas du tourisme. Ce serait bien que certains élèves le comprennent !

Pourtant, dans tout enseignement, redonner ce qu’on a reçu est un passage obligé :

Alors, si nous avons la chance de rencontrer un véritable Maître de temps en temps, essayons de le ménager. Et de nous conduire avec lui en élève bien élevé ! Il le mérite bien.

 

 

 

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